lundi 25 janvier 2016

Extension de l'Esplanade. Texte de la pétition



Appel aux autorités communales et universitaires : Ne dites plus Louvain-la-Neuve, dites Louvain-l'-Esplanade

Catégorie : Autres
*** Verra-t-on un jour l’UCL priée par une puissante société immobilière d’aller s’installer ailleurs pour ne pas gêner une énième extension de l’Esplanade ? Pur scénario de science-fiction, certes, mais…

En 2014, un permis socio-économique est accordé à la Société Immobilière Klépierre pour agrandir le centre commercial l'Esplanade, de 29.000 à 47.200 m². La demande de permis d'urbanisme est sur le point d’être déposée. Ce projet obsolète surgit alors que de nombreuses personnalités scientifiques (1), philosophiques et politiques, y compris le Pape François, alertent sur les graves dégradations environnementales et sociales que génère l'activité économique lorsqu'elle est dominée par les logiques financières et le "consumérisme extrême"(2).

Nous le savons, l’UCL partage ce souci. Il est au cœur de ses missions d'enseignement, de recherche et de services à la société. Or, l'Université est propriétaire du territoire urbain acquis grâce au financement de la collectivité. Elle dispose donc d'une position privilégiée pour promouvoir le changement vers une consommation responsable et un développement économique équitable respectueux de l'environnement. Ce changement est urgent, tant à l'échelle de notre ville que de notre pays et de notre planète, pour l'avenir des générations futures.

Dès lors ce projet pose une question cruciale : comment une Université se réclamant d’une tradition humaniste en arrive-t-elle à arrimer le devenir de la ville qu’elle a fondée à un éminent agent du "consumérisme extrême"?

*** UNE EXTENSION AUX ANTIPODES DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ***

Spécialisée en gestion et location de centres commerciaux en Europe, la Société Klépierre vise essentiellement à maximiser les loyers des commerces pour rentabiliser ses investissements et optimiser ses bénéfices. Son bilan trimestriel en témoigne (3). Pour atteindre ses objectifs financiers, Klépierre cible par priorité les chaînes commerciales de la grande distribution (4) . Elles seules peuvent supporter les loyers élevés et les contraintes dictées par la logique financière, contrairement aux petits commerçants. En clair, peu importe la nature de l'offre commerciale pourvu que les bénéfices augmentent.
Toutefois, dans un modèle axé sur la concurrence, les gagnants ne vont pas sans perdants. D'une part, les enseignes plébiscitées misent sur une consommation de masse avide de marques et/ou de produits à bas prix. Cela va de pair avec une main-d’œuvre sous-payée là-bas et avec un chômage accru ici. D'autre part, tandis que le nombre de magasins vides augmente partout en Belgique (5), les projets concurrents prolifèrent non loin de LLN : Parc à Mitrailles à Court-Saint-Étienne, Papeteries de Genval, méga-shopping à Tour et Taxis… Tôt ou tard, l’Esplanade pourrait perdre en intérêt pour Klépierre et rejoindre le peloton des 126 galeries commerciales et des 9 centres commerciaux cédés parce que jugés "non stratégiques" par le groupe (6).

Mais, objectera-t-on, « pourquoi ne pas parier avec audace à propos de ce succès commercial » ? Du bénéfice sera généré pour les détenteurs des capitaux et les actionnaires, les sociétés multinationales et les institutions financières ; il se traduira aussi par des recettes fiscales et une augmentation du PIB régional et sans doute par des revenus pour l’Université… Or, de telles stratégies économiques s'accompagnent d'un exode des bénéfices : elles maximisent les marges des promoteurs et distributeurs, tout en appauvrissant les artisans et petits producteurs. En outre, elles nous enfoncent dans l'impasse écologique et détricotent notre tissu productif, nos valeurs et nos communautés. Un concept urbain d'arrière-garde ! Quand Klépierre vante l'Esplanade comme "un centre urbain inédit", le "rendez-vous des fans du shopping" qui peuvent grâce au RER "arriver au pied du centre", on se demande dans quelle mesure l'Université, la culture, la qualité de la vie restent bien au centre de la ville (7).

*** UNE NOUVELLE ORIENTATION POUR LOUVAIN-LA-NEUVE ***

Qu’attendons-nous? Que les autorités aient l’ambition de promouvoir à Louvain-la-Neuve une activité économique qui minimise réellement l'empreinte écologique, protège la biodiversité et la santé, développe l'équité sociale. Pour avancer dans une telle direction de façon cohérente - et non au coup par coup en fonction des opportunités - nous demandons la suspension du projet d'extension en cours et que les autorités s'équipent au préalable de nouveaux outils tels qu'un plan directeur et un schéma de développement commercial (8). Ces outils doivent permettre de baliser les futurs projets d'aménagement commercial et urbain en donnant priorité à une économie circulaire et équitable : promouvoir des services, des techniques et des produits qui recourent aux matières premières renouvelables, au recyclage, à la récupération et à l'utilisation des énergies alternatives ; accorder la préférence aux circuits de distribution qui favorisent la viabilité des PME, des producteurs, artisans et autres créateurs.

Pour que le cœur de la ville reste bien l'Université, la culture et la qualité de la vie, pour que la gare soit la gare de Louvain-la-Neuve et non la gare de l'Esplanade, l’aménagement du centre urbain doit donner place à de nouvelles formes d'espace commercial. Les commerces et services doivent s’intégrer au tissu urbain, être ouverts sur les rues et se mêler aux autres fonctions dans la ville.

Aller dans cette direction requiert imagination et courage. Mais c’est le prix à payer pour que Louvain-la-Neuve renforce sa spécificité et évolue dans le prolongement de son projet fondateur. Ville attractive parce que lieu d'apprentissage d'une consommation responsable, pilote, innovatrice, démonstrative... d'une économie durable, sociale et solidaire.


Pour l'Association des Habitants,
Philippe Allard,
Président

Pour l'AGL (Assemblée générale des étudiants)
Hélène Jane Aluja,
Co-présidente


dimanche 24 janvier 2016

L'Esplanade et le commerce à LLN



·         Remarque préliminaire : je rédige ces notes le matin du 22 janvier 2016 après avoir écouté une émission sur TVCom http://www.tvcom.be/index.php?option=com_content&view=article&id=16599&Itemid=348
·         Je les écris non comme membre du Conseil d’Administration de l’AH mais comme « mémorialiste » du milieu de vie autour de l’UCL dans les années 60 et 70, et comme « chroniqueur » et photographe des temps actuels.
·         Depuis quelques semaines je mets sur le web des textes divers regroupés dans une « constellation » avec comme mot-clé « Louvances ». Et je suis en train de publier un livre « Louvain-la-Neuve au temps des pionniers. Nos utopies réalisables des années 70 ». Ce livre sera présenté entre autres lors d’un débat à Point-Culture LLN le 24 mai 2016 à 17h. Des « bonnes feuilles » sont déjà accessibles sur Internet. Le thème a déjà été au centre de plusieurs débats et visites à LLN
·         Pour ces publications j’ai recueilli de nombreux souvenirs, avis et espoirs sur le commerce en centre-ville de LLN
·         À Leuven les membres de l’UCL s’adressaient comme les Louvanistes aux différents commerces et services de la ville. Ils ont néanmoins créé des structures afin d’agir sur les prix et de regrouper des produits spécifiques pour les étudiants. Création UG-Services devenue CIACO, ACCO. Pour les repas : Alma I, Alma II, Restaurants Galilée et autres restos universitaires à LLN…
·         Les Cercles organisaient aussi certaines ventes de matériel pédagogique (calculatrices électroniques au CI (ingénieurs), modèles moléculaires pour les chimistes à la MdS. Certaines coopératives (CIACO CIDEC CIGAL) se sont développées dans cet esprit à LLN.
·         Dès la création du Conseil des Résidents (à l’automne 1971) on a considéré les futurs commerçants comme des acteurs importants de la ville nouvelle.
·         Le café du Mitcho avec les célèbres « filles du Mitcho », Pierrette et Francine, et leurs parents Laffineuse bien sûr, ont joué un rôle essentiel dans le démarrage de la rue des Wallons.
·         On a jugé essentiel d’avoir dès le départ une superette. L’Epécé, Économie Populaire de Ciney a accepté cette fonction périlleuse avec un équilibrage financier quasi impossible (aggravés par de vols massifs de boissons par des étudiants qui fonçaient sans payer devant la caisse avec des caddies).
·         Pour les installations spontanées on s’est étonnés que le premier magasin fut un commerce de tabac au coin de la rue des Wallons et de la Place Galilée. Heureusement il y avait une pharmacie au bas de la rue, face au CI. Et trois banques ce qui donna à la rue des Wallons le toponyme sauvage de Wall Street.
·         Parmi les candidatures spontanées il y eut un exemple toujours célèbre : l’installation du Sec-Shop à la Place des Wallons puis à la rue des Wallons. Un de mes amis, Claude Moreau, était venu me rendre visite au Centre Galilée et il n’imaginait pas une ville sans nettoyage à sec ! Il devint vers 1980 Président de l’Association des Commerçants et co-organisa le Salon des Technologies Douces à l’emplacement de l’actuelle Galerie Saint-Hubert.
·         Les commerces ont donc joué un rôle important dans les premières années de LLN.
·         Les premiers résidents de Louvain-la-Neuve ont donc estimé que le commerce à Louvain-la-Neuve devait être régulé. Ce qui pouvait être fait en concertation entre l’UCL et les habitants. On voulait éviter par exemple que l’essentiel des emplacements soient occupés par de l’Horeca et des magasins de textile.
·         Pour les achats diversifiés on se rendait soit à Wavre soit à Ottignies-Centre. À Wavre les étudiants et habitants étaient des habitués du GB de Bierges. Mais ils n’ont jamais trouvé une galerie animée correspondant à leurs souhaits. La Galerie des Carmes ne répondait en rien à leurs besoins.
·         À Ottignies, on a soutenu l’animation dans le récent Douaire, en particulier par une grosse animation du Centre Galilée "Vivre son corps" où des biologistes présentaient dans un cadre non stressant les différents appareils auxquels des gens pourraient être confrontés brutalement lors d’une hospitalisation d’urgence : fonctions de base d’un électrocardiographe, tensiomètre, détermination du groupe sanguin…
·         Vu le manque de boulangerie à LLN, les pionniers regroupaient auprès de lève-tôt leurs achats de pistolets et de couques. Parfois à Ottignies, parfois à Court-Saint-Étienne mais la communication voiture ou vélo par la Chaussée de la Croix ou le Stimont était périlleuse les dimanches matins de verglas.
·         On a donc désiré que les fonctions vitales (boulangerie, boucherie, …) soient assurées au plus vite à LLN même.
·         Rapidement un marché s’est mis en place à la Place Galilée, puis à la Place des Wallons, enfin en Centre-Ville. Les voisins de la Place Galilée offraient des boissons chaudes pour retenir les premiers audacieux installés sur la pente, et surtout la fleuriste flamande.
·         On admire toujours la persévérance du camion de la Poissonnerie de Nieuport, fidèle entre les fidèles au marché de LLN.
·         Tout ceci pour dire qu’on a vu très vite les limites des installations spontanées et qu’on n’était pas du tout hostile à un regroupement de commerces et services et à la présence d’un grand magasin, dans une galerie couverte.
·         Il y a eu alors une rumeur portant sur la création d’un zoning commercial au Sud de Wavre, entre Wavre et Corbais. Ce centre aurait évidemment pompé la clientèle de LLN, rendant dépendants de la voiture pour effectuer les courses.
·         L’UCL a pris l’heureuse initiative de proposer un grand emplacement près de la gare de la ville.
·         À l’époque, LLN, lancée dans l’enthousiasme, avait un peu perdu son souffle. Et se perdait la dynamique lancée autour de la Place Galilée, la rue des Wallons, et ensuite la Place des Wallons (que l’on avait annoncée chaude « chambre urbaine »). Finalement LLN tombait dans la vallée de la Malaise.
·         On commençait à craindre vraiment que le centre de la ville ne soit en l’an 2000 une étroite plaque de béton, reliée aux quartiers Biéreau et Hocaille (on a aussi écrit Occaie) par des passerelles. Des fers à béton dépassant sur les bords et attendant vainement des commerces et services assez riches pour payer tout le ciment et l’acier.
·         Un long débat s’est ouvert autour de l’Esplanade. Les résidents permanents étaient divisés. Cela a fait l’enjeu d’une élection critique à l’Association des Habitants. Rejet ou négociation ? Le nouveau Conseil a penché pour la négociation. Et le projet a été retravaillé. La Place de l’Accueil est remontée au niveau de la Place de l’Université au lieu de se retrouver au niveau des rails SNCB. On a demandé aux promoteurs de faire un paquet de la construction de la galerie couverte et le traçage de la rue Charlemagne qui aurait pu ne jamais exister…
·         Je n’ai pas participé du tout au débat à l’époque. Pour mon livre et mes blogs web, j’ai interrogé récemment pas mal d’habitants permanents et de visiteurs (le Conseil des Résidents et ensuite l’Association des Habitants ont toujours considérés que les clients étaient aussi des usagers-acteurs de la ville).
·         Au total je pense que pour la ville habitée et pour la région, le bilan de l’Esplanade version 2005 est positif. La dalle s’est complétée. De nouveaux extérieurs ont appris à connaitre et à fréquenter LLN qui n’a plus été considérée seulement comme un ghetto d’intellectuels
·         Mais je déplore le manque d’originalité du dessin (modèle hippodrome, cirque romain ou prison panoptique). J’aurais espéré que l’on attire davantage de commerces et de services locaux par rapport aux chaines internationales. Et je déplore et j’espère bien d’autres choses.
      A suivre.